Elle est là, debout devant le tableau blanc, à deux mètres des étudiants. Eux sont assis confortablement, attentifs et bercés par ses paroles. Ses cheveux blonds, presque blancs, légèrement ondulés, encadrent son visage marqué par les années. Ses petits yeux, creusés de cernes, racontent le poids du temps passé. La vieille dame parle de son attachement à ce lieu. Cette classe préparatoire, option philosophie, qu’elle a fréquentée, soixante ans plus tôt.
Enfant du Pays de Caux, ayant grandi à Yvetot, Annie Ernaux n’est pas seulement un modèle. Elle est une partie de l’histoire. Un passé toujours étudié pour mieux comprendre la place d’une femme dans les années 60. Dans cette même classe de Khâgne, où elle se tient aujourd’hui, son œuvre fait partie du programme de littérature. Le livre à étudier : Les Années.
À travers ce récit autobiographique, elle nous invite à retracer ses souvenirs et les événements marquants de sa vie. Elle parvient à faire de son histoire personnelle, une histoire collective. Lors de cet entretien de janvier 2022, à l’âge de 82 ans, cette prix Nobel de Littérature témoigne de son passé, ses luttes, la femme qu’elle est devenue. Dans L’Événement, elle parle sans détour de son avortement, vécu dans l’illégalité, seule. Écrire les faits, sans excès ni embellissement, sans chercher à rendre l’histoire plus facile à lire. Cette femme permet à d’autres de se reconnaître dans son expérience. Elle ne cache rien : ni ses échecs, ni ses difficultés. Sa sincérité fait sa beauté et sa puissance. Dans l’épreuve, elle trouve une forme de résilience, une capacité à se relever et à ne jamais se laisser abattre par la dureté de la vie. De nos jours, cette femme inspire et interroge. Ses écrits résonnent dans le passé et dans le présent, en particulier auprès des jeunes générations, qui y trouvent une voix réconfortante.